Un roman autobiographique, voilà un style que je n’ai pas l’habitude d’aborder car il est complexe de se faire une idée de ce qui est réel ou imaginaire, de ce que l’auteur embellit ou garde sous silence.

Cependant, on peut apprécier ce ton assez critique qu’Emmanuel Carrère adopte pour raconter cette période de sa vie où il tente de renouer avec ses origines, après avoir tourné un reportage sur un ancien prisonnier dans une petite ville russe, Kotelnitch. Il retourne sur place avec une équipe afin de tourner cette fois-ci un film racontant la ville et ses habitants, et essaie de parler la langue de ses arrière-grands-parents. Là où parfois il trouve un lien presque sensuel avec le russe, il peut aussi se sentir profondément désespéré de ne pas avancer plus sur son apprentissage et sa communication avec les autochtones.

En parallèle, sa vie amoureuse avec sa petite amie Sophie semble ne pas l’épanouir complètement, et pour donner un peu de piquant à son histoire, il fait publier dans Le Monde une nouvelle érotique censée éveiller l’intérêt de son amie. Les choses ne se passent pas comme il le souhaite et il doit faire face à de grands changements dans sa vie, ce qui ne fait pas ressortir que le meilleur de lui-même. Il assume sa cruauté au même titre que sa souffrance et fait ainsi ressentir au lecteur la violence de ses sentiments.

Le film sur Kotelnitch et la nouvelle mentionnés à l’instant existent bel et bien, ainsi que son histoire avec Sophie, ce qui donne un intérêt supplémentaire à un livre qui, somme toute, manque peut-être d’accroche. Oui, on suit un homme dans sa quête personnelle et professionnelle, mais que cela nous apporte-t-il ? Un peu d’érotisme, d’accord, un court dépaysement lié à la culture russe, certes, mais j’avoue avoir manqué de cette part de rêve que j’aime trouver dans chaque livre.

Le dernier quart du livre est à mes yeux plus agréable à lire que ce qui précède, car le rythme s’accélère, on sent que le narrateur se trouve un but et essaie d’avancer concrètement dans ses projets. Alors si vous, comme moi, avez tendance à survoler les pages de ce roman russe, tenez bon et laissez vous aller jusqu’à la fin, cela vous réconciliera avec lui. De plus, le film « Retour à Kotelnitch », sélectionné à la Mostra de Venise, est à voir, et les images vous toucheront certainement plus que les mots… ou bien l’inverse ? Mais ça, c’est à vous de nous le dire…

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