J’étais loin de m’imaginer comme ce livre allait me faire réagir – rejet, incompréhension, plaisir, humour, dégoût, et surtout curiosité… Quelques centaines de pages peuvent renfermer de nombreuses sensations même contradictoires, et montrent ainsi combien leur auteur est complet et complexe.
Dévoilons pour commencer l’intrigue, qui se passe au début du XIVème siècle quelque part dans les montagnes en Italie du nord, dans une abbaye qui s’apprête à accueillir des délégations envoyés par les grands ennemis de l’époque, le pape Jean et l’empereur d’une bonne partie de l’Europe, soutenant différentes théories religieuses. Le frère Guillaume, un ancien Inquisiteur, a fait le chemin pour faire partie de cette rencontre, accompagné par son secrétaire et frère novice, le jeune Adso, narrateur de notre histoire.

Cependant, la rencontre n’est pas le point central du récit : un meurtre aurait été commis la veille de l’arrivée de Guillaume, et l’Abbé lui demande son aide afin de résoudre l’affaire avant l’arrivée des délégations, son sens de l’observation et sa logique ayant été observé au moment même de son entrée dans l’abbaye. Mais jour après jour, les choses se complexifient avec de nouveaux morts… qui peut bien se cacher derrière tout cela, au sein même de l’enceinte de l’abbaye ?

Le ton de l’histoire est intéressant, ajoutant de la valeur à l’intrigue : le jeune Adso, devenu vieux, cherche à libérer son âme des choses terribles ayant pu se passer à l’époque, et choisit donc de tout noter de manière très organisée : chaque journée est présentée clairement comme une grande partie du texte, découpée ensuite en chapitres en suivant le rythme des messes quotidiennes. De plus, Adso, bien que souvent observateur, montre parfois sa jeunesse et sa naïveté dans ses entretiens avec son maître Guillaume, et de cette manière il place aussi le lecteur dans un rôle d’apprenant.

Pour finir, le rejet que j’ai mentionné dans les premières lignes de cette chronique est plutôt lié au style: de nombreuses phrases en latin sont notées mais sans note de bas de page pour les traduire ou les expliquer, et des descriptions extrêmement longues (quoique intéressantes!) m’ont parfois perdues, d’autant plus que le thème religieux chrétien ne m’est pas spécialement familier. J’ai alors choisi de me concentrer sur l’enquête et fermer les yeux sur mes incompréhensions.

Cependant, la multitude de références historiques, culturelles, politiques, religieuses et artistiques font de ce texte, à mes yeux, un chef d’oeuvre qui ne peut que marquer l’histoire, et souligner le talent d’Umberto Eco. A lire, mais accompagné d’un bon dictionnaire de français (et de latin) !

Publicités