Du plus loin que je me souvienne, le marquis de Sade m’a toujours paru être un auteur à éviter : littérature au goût douteux, expériences secrètes à ne pas approcher de peur d’être contaminé… Finalement, là où je m’attendais à un truc insurmontable, je suis finalement rassurée : au XXIème siècle, à l’époque où tout se voit sur internet (même quand on n’a rien demandé!), impossible de dénigrer cet auteur autant qu’il y a 200 ans, en sachant qu’il a fait de nombreux séjours en prison pour libertinage !

A travers ces neuf nouvelles, les situations décrites tournent toutes, on le sait, autour de la relation physique entre hommes et femmes, et il apparaît comme inévitable que les adultères arrivent dans les couples mariés depuis un certain temps. Les bourgeois semblent tout particulièrement chercher de l’amusement ailleurs, et bien sûr, souvent ils sont démasqués. Que l’on ait droit à une morale ou non, il faut s’attendre à ce que les chutes ne soient pas telles qu’on les attendait. Ainsi, tel est pris qui croyait prendre lorsque le mari cocufié pense avoir noyé l’amant de sa femme, et qu’il trouve finalement sa propre maîtresse au fond de l’eau ! … ou bien que la saphiste affirmée choisisse de se ranger au bras d’un jeune homme !

Les premières nouvelles ne m’ont pas paru si osées que cela, mais les dernières entrent plus dans le vif du sujet, et la perversion atteint son apogée dans « L’instituteur philosophe » alors qu’enfants et curés se mélangent… Malgré ce sujet à débattre, sur un ton souvent proche du conte, Sade parvient à glisser de la poésie dans toutes les situations, et les choses ne sont jamais décrites crûment. Des métaphores viennent adoucir les descriptions et laissent l’imagination faire son travail, de manière à ne choquer personne… quoique les personnes susceptibles d’être choquées n’ouvriraient probablement pas ce genre d’ouvrage !!