Cela fait deux ans maintenant que j’enseigne le personnage haut en couleurs de Calamity Jane, et je n’avais pas encore lu le recueil de lettres qu’elle a écrites à sa fille, sans jamais les lui envoyer. Une nouvelle facette de la « Terreur du Far West » se dévoile à travers ces textes, elle qui clamait qu’elle ne savait ni lire ni écrire pour mieux tromper le monde sur son moi réel… Pendant des années, elle a écrit à sa fille, qu’elle a confié à l’âge d’un an à des voyageurs sérieux et qui l’ont élevée loin des brutalités de l’ouest en lui donnant une bonne éducation.

A l’approche de chaque anniversaire, Jane écrit donc à sa fille, consciente qu’elle ne la reverra peut-être jamais, et l’imagine dans sa nouvelle vie. Elle conte aussi ses aventures dans l’ouest et ses déplacements, son amour pour le père de la petite fille… qui se trouve être Wild Bill Hickok, un héros de l’ouest dont Jane paraissait être très amoureuse ! Quelques divergences avec le point de vue des historiens se font sentir ici, lorsqu’elle dit qu’elle s’était brièvement marié avec lui, et qu’il l’a quittée pour une autre après la naissance de leur fille. Pourtant son amour pour lui est bien présent à travers de nombreuses lettres et Jane insiste sur le fait que sa fille peut être rassurée car elle n’est pas une bâtarde, peu importe ce que diront les gens !

Au fil des années, Jane vieillit et a bien du mal à faire des économies pour aider à l’éducation de sa fille malgré la distance. Elle joue à des jeux d’argent, elle admet son penchant pour la boisson et elle n’arrive pas à se fixer quelque part. Elle part même à l’Est pour jouer dans une reconstitution du Far West aux côtés de Buffalo Bill (là encore, réalité ou fiction ? Les historiens pensent qu’ils se sont très peu fréquentés et que Jane a joué dans un autre cirque) avant de rentrer dans les montagnes du Wyoming et du Dakota pour finir sa vie.

Les lettres de la cow-girl mythique montrent toute la solitude de cette femme et sa souffrance à ne pas trouver sa place dans le monde. Son attitude est bien loin des attendus féminins de l’époque et elle n’est pas toujours bien accueillie. De plus, la tristesse d’être loin de sa fille ne s’atténue pas avec le temps, même si elle essaie d’aider des enfants dans le besoin au cours de sa vie. Ainsi, elle clame que la petite Jessie est sa fille (nouvelle opposition avec les recherches des historiens qui pensent qu’elle l’est??), mais rien ne pourra vraiment remplacer l’absence de Jean, qu’elle a surnommé Janey.

Je reste perplexe sur l’origine de ces lettres, qui sont, bien après la mort de Calamity Jane, enfin arrivées entre les mains de sa fille, qui s’est faite ensuite connaître au grand public en 1941 en annonçant leur existence à la télévision. Trop de divergences avec ce que je prenais pour acquis historiquement… et en même temps j’ai envie d’y croire car elles rajoutent encore des questions à ce mythe qui continue à se construire depuis maintenant 150 ans.

Prochaine lecture sur le sujet à venir bientôt, qui sera probablement bien différente de la femme triste et seule de ces lettres… dans « Lucky Luke » !

Retrouvez aussi Calamity Jane dans Deadwood le roman de Pete Dexter , et dans sa propre autobiographie !