Tiens, un film d’auteur, ça me changera des super-productions hollywoodiennes… quoiqu’en même temps, les codes hollywoodiens, je les comprends, au moins… ! Mais non, je ne vais pas être trop dure pour cette histoire qui sort des sentiers battus, et qui suit Abdellah, jeune marocain d’une quinzaine d’années vivant avec ses parents, ses nombreuses sœurs, et ses deux frères à Casablanca. Il est rejeté par sa mère et ses sœurs qui se moquent de sa sensibilité, et a l’air d’avoir une relation plus profonde avec son père et son frère aîné, Slimane. Cependant, la scène du père qui bat la mère montre une brèche dans l’amour filial, et c’est Slimane qui parvient à faire cesser les sévices, en homme fort de la maison.

Peut-être est-ce ce rôle qui attire l’amour d’Abdellah envers son frère, voire même cette adoration et ce fétichisme qu’il développe ? Est-ce un amour fraternel perverti qu’il cherche en allant coucher avec des hommes dans les recoins de la rue ou bien une homosexualité pas encore tout à fait assumée ? Il est difficile de comprendre réellement ce qui anime le garçon, car à aucun moment un dialogue n’est abordé sur ce sujet. Les scènes sont statiques, silencieuses, tournées vers son « moi » profond que le spectateur n’arrive pas bien à saisir, hormis cette solitude terrible.

Les images sont magnifiques, et les gros plans sur les personnages mettent en valeur le jeu assez naturel des personnages. Le « Abdellah » de dix ans plus tard dans le film paraît cependant plus habité que le jeune, mais peut-être pouvons-nous mettre ceci sur la nonchalance de l’adolescence un peu molle.

Cette ellipse de dix ans surprend et arrive un peu maladroitement mais permet de comprendre ce que devient Abdellah. Il part à Genève et choisit de laisser sa vie au Maroc derrière lui. Malheureusement, le film clôt brutalement sur la seule scène d’émotion exprimée par celui-ci, et laisse le spectateur sur sa faim. Le générique sans musique joue sur cette impression d’incomplet, mais ouvre par ailleurs la réflexion sur un après possible, afin d’imaginer sa propre suite.

Publicités