A part des remarques positives autour de moi et l’envie des collègues de français de le faire étudier aux élèves du lycée, je n’étais tombée sur aucune promo autour de ce livre… donc j’étais incapable de savoir ce que j’ouvrais, à part peut-être une chronique sur un pays africain ? En l’occurrence c’est le Burundi, petit pays sur lequel je ne m’étais jamais posé de questions, qui est mis en avant à travers le regard d’un enfant métisse, d’un père français et d’une mère Tutsie rwandaise. En vivant au Burundi, à quelques encablures du Rwanda, cela permet à la mère du narrateur de ne pas être trop loin de ses racines sans avoir à souffrir davantage des guerres opposant depuis quelque temps les Tutsis aux Hutus au Rwanda. Sa famille vit encore là-bas, mais les échanges et visites sont encore fréquents entre les deux pays.

Gabriel, le narrateur, parle de manière détachée du contexte historique et géopolitique, maintenu à l’écart de toute politique par son père. Il est plus impacté par la séparation entre ses parents et l’abandon du domicile familial par la mère. Ses souvenirs tournent alors autour de la vie qu’il se construit avec ses copains de l’impasse dans laquelle ils vivent, eux, les gosses de blancs et de riches. Leurs journées sont ponctuées par des jeux, des rires d’enfants, les premières cigarettes fumées dans la vieille voiture échouée à la décharge… jusqu’au jour où un coup d’état a lieu au Burundi… puis la reprise des conflits ouverts entre Tutsis et Hutus dans le pays voisin, rompant la magie de l’enfance et montrant cruellement la mort et la violence partout, jusque dans l’impasse.

A travers des mots simples mais travaillés, le narrateur nous montre la douceur de la vie en Afrique centrale mais aussi toute sa violence. Ce qui a pu occuper partiellement les médias internationaux en 1993-1994 – le génocide de millions de Tutsis et de sympathisants! – n’a pas suscité de réelle réaction des pouvoirs occidentaux, mais a détruit la vie de ceux qui l’ont vécu de l’intérieur. Le cauchemar du génocide rwandais est ici parfaitement retranscrit, non pas historiquement mais à travers le ressenti d’un garçon de 11 ou 12 ans qui a tout perdu. Comment se reconstruire quand on a vu la mort de si près ? Le Burundi, terre paradisiaque et infernale à la fois, pourra-t-il se débarrasser un jour du poids du sang et de la haine ?

Un réel coup de poing dans la figure une fois la deuxième moitié du livre arrivée… je n’avais pas pleuré devant un livre depuis bien longtemps… et j’espère bien ne pas m’en remettre de si tôt.