Une écriture chaude, profonde, envoûtante, voilà qui qualifie les mots de Françoise Sagan dans « Bonjour tristesse ». Dès les premières pages on se laisse captiver par la texture du récit et on sent la chaleur du soleil du sud de la France sur sa peau. Cécile, la narratrice, passe l’été de ses 17 ans dans une grande villa reculée en bord de mer en compagnie de son père et sa concubine de l’époque, Elsa. La plage se trouve au bout du sentier et les premières amours apparaissent dans le petit bateau à voile qui passe devant la crique quotidiennement… Cyril, malgré ses quelques années de plus, est fou de Cécile. Le bonheur est presque à portée de main, mais l’arrivée d’Anne, une amie de sa mère défunte, débarque presque à l’improviste et perturbe l’équilibre précaire de la narratrice et de son père, qui passait jusque là d’une femme à une autre.

Ainsi ces vacances ne sont pas de tout repos, car Cécile voit son quotidien de baignades perturbé par les injonctions d’Anne à se mettre au travail pour repasser le bac qu’elle n’a pas eu, ainsi que la fin de la relation fusionnelle qu’elle avait avec son père depuis qu’elle est sortie de pension. Le passage difficile à l’âge adulte de la narratrice montre alors un certain besoin de dépasser le complexe d’œdipe, de s’affirmer dans ses choix et ses actions, mais aussi de prendre le dessus sur cette femme qu’elle a toujours admirée presque au-delà de la raison.

Ce n’est pas un roman déprimant, malgré son titre rappelant un poème de Paul Eluard, mais plutôt une quête du bonheur qui dégénérerait en cauchemar. Alors que le plaisir est une philosophie pour Cécile et son père, Anne, femme posée, cultivée et sérieuse, vient interrompre les habitudes légères de ceux-ci, et Cécile cherche alors des stratagèmes parfois cruels pour que son père retombe dans les bras d’Elsa et que leur vie dissolue reprenne son cours… mais le hasard – ou Dieu, dans lequel la narratrice ne croit pas – prévoit des surprises parfois déplaisantes, et là, bonjour tristesse…

La force de ce texte est frappante, d’autant plus pour un premier roman écrit par la jeune Françoise Quoirez – plus tard connue sous le nom de Sagan – de 18 ans. Le scandale est immédiat et la jeunesse sulfureuse de la jeune femme dans les années 50 attira l’attention des médias, qui ont renommé la jeune auteure de « Radiguet en jupons » et de « nouvelle Colette »… jusqu’à en faire toujours aujourd’hui, une référence elle-même.

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