Quand on entre dans l’univers de Fred Vargas, on passe un pacte avec ses personnages, on décide d’accepter leur génie ainsi que leurs failles et on suit le mouvement. Jean-Baptiste Adamsberg est un de ces héros qui ne ressemble pas à grand-chose et qui pourtant séduit pleinement, lent et perspicace à la fois, qui finit toujours par nous en mettre plein la vue sans pour autant s’en réjouir lui-même… Fraîchement nommé commissaire dans le 5e arrondissement de Paris, il a fait sa place à sa manière en quelques enquêtes et a gagné le respect de ses hommes, c’est pourquoi on ne le questionne pas trop longtemps quand il décide de se pencher sur le cas de l’homme aux cercles, cet inconnu qui trace de grands cercles à la craie bleue sur les trottoirs parisiens autour d’objets abandonnés ou perdus. Danglard, son lieutenant au penchant alcoolisé, ne comprend pas ce soudain intérêt (autour d’un nouveau genre d’artiste de rue ?) mais il a compris que le temps répondrait à ses questions.

Adamsberg a compris le jour où un chat mort a été retrouvé au milieu d’un cercle qu’il y aurait quelque chose de plus gros très bientôt… ce qui ne manque pas d’arriver : Paris devient-elle à nouveau le terrain de chasse d’un tueur en série ? Ou bien d’un simple maniaque ? Il va falloir mener l’enquête avec ce qu’il a sous la main : une quinquagénaire accueillant chez elle les âmes esseulées a l’air d’en savoir pas mal sur cet homme aux cercles…

Malgré quelques stéréotypes sur l’alcool facile de certains policiers ou de leur bêtise, ce premier roman de Fred Vargas mettant en scène Adamsberg se démarque pourtant des fictions policières habituelles ; l’atypique commissaire montre qu’il n’est pas un robot et que sa vie privée pèse vraiment sur qui il est au travail. Un peu autiste même parfois, il ne court pas après l’enquête et réfléchit longtemps, très longtemps, avant de saisir un fil intéressant dans ses pensées et de le suivre jusqu’à un coup d’éclat. Son intuition est en effet la clé de sa réussite dans un monde où rien n’est réel tant qu’on n’a pas de preuve. Finalement tout semble le mener au bout, comme ses histoires d’amour du passé et son enfance dans la montagne. Chaque personnage, comme Adamsberg, est ainsi découvert par petites touches, de petits morceaux pris les uns à part des autres pour former le puzzle final. On se régale avec cette manière de procéder jusqu’à la dernière page, car rien n’est laissé au hasard !

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