Relire « Le Nez » de Gogol 20 ans après le bac de français… je dois aimer souffrir… car mon souvenir n’était pas très glorieux, malgré les efforts démesurés de Mme F. à l’époque pour nous faire aimer la littérature russe !

Il faut dire qu’un barbier qui retrouve un nez dans son pain du matin, ça a de quoi couper l’appétit ! Tout penaud et apeuré à l’idée de se faire arrêter par la police, Ivan Yakovlévitch finit par se débarrasser du nez en le jetant dans la rivière de Saint Petersbourg.

Le même jour, le propriétaire du nez, l’assesseur de collège Kovaliov, se lève un matin avec une surface plate comme une crêpe à la place de son nez ! Incroyable, comment est-ce possible que ce nez ait disparu sans aucune douleur ? D’autant plus que Kovaliov a des relations, il ne peut pas être vu comme ça ! Et ce nez qui, dit-on, se pavane en ville habillé en conseiller d’État…

L’absurde de la situation est évident, ce qui me conforte dans l’idée que non, je n’aime pas l’absurde, cette absence de logique m’agace profondément ! Cela mis à part, malgré un texte de seulement quelques dizaines de pages, on entre dans un monde à part entière dans lequel les personnages miment beaucoup leurs émotions et le rendent ainsi très visuel. La ville, ses rumeurs et quelques noms mentionnés, oscillant entre présence et absence, ajoutent de la profondeur au récit et ouvrent le champ à autre chose qu’un gros plan sur la partie d’un corps (manquante, par la même occasion!). Cette protubérance nasale pourrait d’ailleurs être interprétée comme un symbole phallique car, je cite, « sans nez, un homme n’est plus un homme, c’est un rien qui vaille, bon à jeter par la fenêtre »… alors on comprend pourquoi, au-delà du ridicule, le coureur de jupon Kovaliov sans nez n’ose plus se présenter devant les jeunes femmes qu’il dévergonde ! Plus de nez, plus de pouvoir… reviendra-t-il sur son propriétaire un jour ? … et vous, quelle partie de votre corps détesteriez-vous perdre ?