« Tristesse de la terre » n’est pas un roman mais un récit documentaire sur la vie de William Cody, mieux connu sous le nom de Buffalo Bill, et plus généralement sur le Far West américain, sources de tous les fantasmes et devenus aujourd’hui des mythes. Nombreuses étaient les légendes qui arrivaient à se faire connaître ou étaient relayées sur la lointaine côte est, qu’elles soient vivantes comme des desperados célèbres ou des Indiens reconnus, et des événements ayant marqué l’histoire ; il était donc évident pour Buffalo Bill de créer un spectacle dans lequel il apporterait au public de l’est un peu du Far West.

Le Wild West Show est ainsi l’un des premiers grands spectacles de la fin du XIXème siècle, pouvant accueillir jusqu’à 20 000 spectateurs et jouant d’effets spéciaux afin de relater les grands combats entre cow-boys et indiens, incluant même pendant un temps le célèbre Sitting Bull ! Voyageant à travers le monde entier, Buffalo Bill passionne les foules avec sa création et façonne en même temps un mythe qui s’est petit à petit éloigné des réalités historiques… finalement peu importe la vérité tant que l’on fait salle comble !

L’homme de spectacle est un objet d’études donc mais il sert aussi d’excuse pour rétablir la vérité historique de certains événements tragiques comme Little Big Horn ou Wounded Knee, des batailles ou massacres commis pendant les tensions entre indiens et armée américaine. Le ton est souvent sarcastique et tranche ainsi avec les documentaires empreins d’objectivité que l’on a l’habitude de voir, dans le but de mettre en avant les cruautés du monde et de l’homme plus particulièrement. La société moderne américaine, avec sa quête de l’image, la belle, celle qui reflète l’héroïsme de son peuple, a presque fait oublier le poids de son passé et ceux qui ont failli être rayés de la carte, les indiens dépossédés de leurs terres et traditions. Difficile de dire à qui l’auteur rend justice car il semble particulièrement investi dans son écriture, transcrivant une certaine proximité avec Buffalo Bill Cody ou les natifs américains. Il aime cette Amérique qui fait rêver et la déteste aussi, nostalgique des temps perdus mais loin de la vision romantique des grands espaces qui a pu traverser les âges. Cependant, la poésie de son dernier chapitre vient contredire cette dure vision du continent et nous rappelle la beauté du monde à travers de petits riens… comme un moyen de se réconcilier avec la terre… sans rien oublier.

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