Le film « Django » avait fait pas mal parler de lui à sa sortie en 2017, mettant en scène deux ans de la vie de Django Reinhardt, le musicien à la guitare dont le nom a traversé les décennies. Ce n’est pas un biopic mais plutôt un zoom sur ses difficultés à traverser la fin de la Seconde Guerre Mondiale en temps que tzigane. La première scène dans laquelle il apparaît montre un homme défiant les règles, très en retard à son concert devant des personnalités allemandes car trop occupé à se soûler en pêchant dans la Seine. Cependant, une fois sur scène, le musicien de talent retrouve ses repères et ses doigts se déplacent à toute vitesse sur la guitare pendant de longues minutes de film (trop longues peut-être?). Le séducteur se dévoile aussi quand il rencontre Louise, incarnée par Cécile de France, reine de la nuit parisienne avec qui il entretiendra une courte liaison.

Lorsque les Allemands décident qu’il fera une tournée en Allemagne les choses se corsent. Les tziganes se font tuer ou sont placés dans des camps dans toute l’Europe. Django n’est pas sûr de pouvoir revenir d’Allemagne et refuse d’être plus longtemps une marionnette pour amuser les Boches, d’autant plus que sa femme est enceinte et il ne peut la laisser derrière. La famille du musicien part alors vers Thonon, ou ils pourront être exfiltrés vers la Suisse en zone sûre.

Malgré une mise en avant évidente de la musique tsigane, si entraînante et indémodable, qui reste un plaisir pour les amateurs de musique, le film montre des maladresses. Trop de gros plans sont utilisés sur les personnages et gâchent une vision plus générale de l’histoire, créant aussi une sensation d’étouffement à peine oubliée lors des plans du Lac Léman. De plus les allemands sont stéréotypés, et même si des faits historiques sont retranscrits comme les consignes du type musical parfait qu’ils essaient de forcer dans les performances de Django, ils restent des méchants dont il faut se méfier jusqu’au bout, leur violence jamais bien loin. Pour finir, ce qui m’a le plus gênée dans ce film renvoie à tous les anachronismes de la langue : trop d’expressions ou d’intonations d’aujourd’hui paraissent avoir été transposées à l’époque, et même si je ne suis pas une spécialiste de la linguistique des années 40, je n’ai pas retrouvé cette langue française d’autrefois.

A côté de cela les incursions dans les camps tziganes sont de jolis moments poétiques, les partages autour de la guitare ou de la musique en général sont agréables, et j’ai eu un coup de cœur pour cette petite mamie au caractère bien trempé qui interprète la mère de Django.

On retiendra donc que film est une re-création de la vie de Django pour le cinéma sans la prétention d’en faire un documentaire historique, mais il n’y a aucun doute sur le fait que le spectateur passera un bon moment.