Cléopâtre est enfin sortie de l’image stéréotypée que j’avais d’elle dans « Astérix et Cléopâtre » et a pris de la profondeur à travers les mots de Françoise Chandernagor, de l’Académie Goncourt. C’est à cause d’un rêve récurrent que la narratrice (ou auteure ?) explique pourquoi elle se doit de relater ce qu’elle sait des enfants de Cléopâtre, mais aussi de combler les manques, les absences dans les faits historiques. Dès les premières pages la fille de Cléopâtre, Séléné, est en difficulté, elle se cache, elle est poursuivie par des soldats… comment a-t-on pu en arriver à une telle situation ?

Quelques années plus tôt Séléné a vu le jour avec son frère jumeau Alexandre. Nés des amours de Cléopâtre et du général romain Marc Antoine, ils sont utilisés par leurs parents au cours des démonstrations publiques pour souligner quelle belle famille ils forment tous… les prémices de la propagande politique ? Cependant, Marc Antoine est déjà marié à une romaine, mais se remarier avec Cléopâtre en suivant les coutumes égyptiennes ne pose pas problème… tout comme le fait qu’il soit avec elle alors qu’elle a eu un enfant avec Jules César avant qu’il ne soit lâchement assassiné ! Cependant c’est bien la cause de son père spirituel qu’il défend. Ainsi Marc Antoine continue son expansion dans toute l’Europe et au-delà, pendant qu’Octave complote contre lui à Rome. Cléopâtre, elle, soutient Marc Antoine dans ses guerres en lui offrant des bateaux et des soldats, et s’achète sa protection en s’offrant à lui. Mais bientôt la guerre est aux portes d’Egypte…

Le ton choisi est assez différent des romans : la narratrice explique quelle est sa démarche et discute presque avec le lecteur, se permettant flash-back et flash-forward, et elle admet combler des inconnues dans l’histoire de cette famille ; ainsi elle interprète les sentiments des personnages, leurs peurs, leurs incompréhensions pour leur donner plus de vie. Ce qui peut à prime abord donner une impression de fouillis montre finalement combien l’auteur joue avec brio avec les mots et les situations. Le texte est très lisible et devient plus captivant à chaque page, attrapant le lecteur dans ses filets et donnant une vue extensive du royaume de Cléopâtre ainsi que la situation géo-politique de tout le bassin méditerranéen ! De plus, entre chaque chapitre se trouve une courte présentation d’objets d’art réels représentant nos personnages et rappelant que les pièces de musée sont bien plus que de la pierre ou du métal : elles sont la mémoire du passé que l’on se doit de faire vivre encore…