Un beau roman à la Pagnol, voilà ce qui me vient à l’esprit dès les premières pages. Le narrateur doit être jeune, peut-être 5 ou 6 ans au début, et raconte l’histoire de ses parents telle qu’il la perçoit : ils s’aiment, ils dansent, et ils ne respectent pas les règles de savoir-vivre ou savoir-être que l’on s’impose, ce qui donne un aperçu frais et explosif à la fois de la vie du jeune garçon. Entrecoupée de quelques chapitres écrits en italique, sa voix fait écho à celle de son père, contant les débuts de leur histoire presque tumultueuse lors d’une soirée arrosée dans le sud ou chacun brillait par ses propres moyens. Ils se sont trouvés et ont continué ainsi à jouer avec la vie jusqu’à l’arrivée de leur fils, puis de la maladie mentale de la mère… mais peut-elle les empêcher d’être heureux ?

Le ton, souvent associé à la légèreté de l’enfance et l’absence de second degré, crée une sorte de petit bonheur perpétuel chez le lecteur qui peut passer du rire aux larmes en quelques lignes. De plus, être l’observateur des parents au même titre que le narrateur permet de comprendre sur quelles bases il se construit, mais révèle aussi les incohérences des parents et le danger dans lequel ils laissent leur fils en permanence : liberté ou geôle que d’éviter toute forme de contrainte sociétale à leur famille ? Quant à l’alcool, les soirées ou l’absence de limites imposées par l’adulte, ces dérives ne peuvent-elles pas être destructrices ?

Pourtant, tout en se dévoilant peu, le narrateur donne toute sa vie dans ces pages, et c’est ce qui en fait un très beau conte, atypique comme l’est sa famille. Douce folie, bazar loufoque, extravagance, libre à chacun de se projeter pour en faire un rêve ou un cauchemar…

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