Le titre Palo Alto m’a d’abord intriguée, faisant résonner dans ma tête des images de désert californien – finalement pas si désert que ça puisque la ville se trouve dans la baie de San Francisco. Mais si désert il y a, il est tout autre : la jeunesse de Palo Alto montre bien des difficultés à grandir sereinement.

Les chapitres se suivent et se ressemblent malgré le fait que les narrateurs changent à chaque fois. Au bout d’un moment on comprend que les narrateurs reviennent mais aucune indication ne permet de comprendre en un coup d’oeil qui parle et qui ressent quoi. Ainsi, on en vient à penser que peu importe la voix, ce qui importe est le ressenti  et les actions des personnages dans leur environnement, devenant par la même occasion les porte-paroles de leur génération.

Justement, ce qui est très récurrent, c’est le rôle de l’alcool et du sexe dans la vie de ces jeunes collégiens puis lycéens. Ils semblent sans cesse se tourner autour sans parvenir vraiment à communiquer autrement que grâce à ces déviances car utilisées à outrance et banalisées. Ils ont 15 ou 16 ans mais le sexe à plusieurs est normal… impossible d’accuser le porno trop accessible sur internet car les scènes racontées ici se sont passées dans les années 90, avant même son développement populaire. C’est donc un mode de vie que de boire, baiser et se battre pour ces jeunes dont les parents sont absents dans le récit, tels des fantômes ne gérant leur progéniture que de très loin. La violence est ainsi en filigrane, la mort l’accompagne de près et l’issue ne peut être que fatale… à moins qu’ils parviennent à sortir de cette spirale infernale ?

L’ambiance me fait penser à la série britannique Skins, diffusée de 2007 à 2014 et montrant des jeunes avec les mêmes problématiques… mais ne pourrait-on pas aussi relier Palo Alto au courant de pensée et de recherche du même nom, se focalisant sur « le fait que le thérapeute ne considère plus son patient comme un individu isolé sur lequel il devrait poser un diagnostic psychiatrique mais s’intéresse aux interactions actuelles du patient avec son environnement qui maintiennent son problème. » (Source Wikipedia). Ceci expliquerait pourquoi les jeunes vivent une telle souffrance : les choses seraient-elles différentes dans un autre lieu, en étant entouré d’autres personnes ? Palo Alto est-elle une ville maudite ? Nul doute que l’on peut garder cette explication en tête au vu de la complexité de l’auteur de ce livre, James Franco. A la fois auteur, acteur, scénariste, artiste et mannequin, son approche du monde paraît non exhaustive ; en limitant pourtant sa vision de la jeunesse de Palo Alto à des comportements extrêmes et / ou dangereux, il montre l’universalité des questionnements adolescents sur la place qu’ils occupent dans le monde et leur peur de l’avenir. Où trouver la réponse ? … Ou plutôt, comment tout oublier ?