Christian Jacq peut-il dépayser le lecteur aussi facilement dans des romans de guerre que dans sa série des Ramsès, qui est à mes yeux un vrai chef-d’œuvre? Le roman de guerre ici n’est pas un récit de ce qui a pu se passer dans les champs de bataille ou sous les bombardements ; il s’intéresse plutôt à la rencontre entre deux hommes de pouvoir – l’un moine et proche de Dieu, l’autre Vénérable d’une loge de franc-maçonnerie.

Les deux hommes ont été arrêtés par les nazis et gardés prisonniers avec d’autres hommes susceptibles d’avoir des connaissances ou capacités particulières pouvant aider le Reich dans sa quête du pouvoir absolu. Ils ne se connaissent pas jusqu’au moment où on les a sommés de tenir l’infirmerie et soigner les mourants. Bien que défendant des idées très différentes, ils semblent développer du respect l’un pour l’autre, ce qui permet au Vénérable de tenir bon dans la rudesse des conditions de détention et loin de ses Frères franc-maçons, renfermés à part.

La franc-maçonnerie montre un visage bien plus accueillant que dans d’autres récits. Plus qu’une secte renfermant jalousement ses secrets pour certains auteurs, c’est une fraternité renforçant ses membres et permettant une sorte de transcendance à ses membres pour oublier tant que possible le monde sordide dans lequel ils doivent vivre sous l’Occupation. Mais le moine pourrait-il accepter le mode de vie païen d’un homme avec qui il est forcé de partager ses journées ?

L’institut de recherche Ahnenerbe dans lequel s’inscrit la démarche des nazis ici a bien existé afin de mieux comprendre l’esprit et le patrimoine européen, mais l’auteur prend de la distance en mentionnant l’Aneherbe en introduction sous cet orthographe-là… Ainsi, on peut se demander si les recherches des Allemands pendant la 2ème Guerre ont pris cette forme-là ou une autre et si le récit a une réelle validité historique. Cependant on ne peut nier les recherches de l’auteur sur les us et coutumes de la franc-maçonnerie au vu des idéologies abordées et de la description des « tenues » ou réunions de ses membres, éclairant ce monde méconnu et souvent décrié en littérature (pour la réalité peut-être aussi?). Pas de doute, Christian Jacq permet là encore au lecteur de se poser des questions spirituelles…

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